LES MIGRANTS N'ONT PAS DE VISAGES -

Le problème d’un photographe c’est qu’il voit ce qu’il peut.

Il croit qu’il regarde. Se promène le nez en l’air et les pieds sur terre. L’un après l’autre. C’est comme ça qu’il avance, tranquillement, tandis que son esprit est ailleurs, bien souvent, parfois loin, exilé.

Le photographe croise toujours quelque chose. Pas toujours ce qu’il croit. Il déclenche à l’instinct sur des détails qui lui semblent tendres et se fait piéger par des choses qui le sont moins.

Je regarde mes photos une fois rentré et ne trouve pas là ce que je pensais. 

Alignement d’arbres. Sans branches et sans racines. Est-ce encore des arbres ? 

Sans savoir pourquoi je les compare aux migrants refoulés de partout. Sans racines, sans avenir, est-ce encore des hommes ? 

Quelques photos plus loin, les épis de maïs se griffent le visage sur un grillage ventru. 

Certains passeront. Tomberont. Se relève-t-on d’un tel voyage ? Et tous ces corps échoués qui ne se griffent même plus…

Je regrette parfois de n’être pas là où se passent ces drames. En même temps que je me réjouis de ne pas en vivre.

Je regrette que certains ne veuillent rien voir, pendant que d’autres ne veulent que nous montrer.

Les images s’enchaînent et créent une frontière entre ceux qui regardent et ceux qui souffrent.

Que cherche-t-on à voir lorsque nous regardons ? Que peut-on reconnaître de ce qu’on ne sait pas ?

Ils sont juste un miroir sans reflet pour nous. Anonymes. Les migrants n’ont pas de visages. 

MD

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